28/11/2011

Le Jura bernois politique est hors-jeu

Voir ses prédictions se réaliser, n'apporte pas toujours satisfaction... En tant qu'enfant du terroir jurassien -  une fois n'est pas coutume depuis mon arrivée dans le canton de Vaud -  les résultats des élections fédérales du 23 octobre 2011 dans le Jura bernois, me font réagir. Cette réflexion s'adresse en priorité à celles et ceux qui ont une bonne connaissance de l'histoire politique du Jura bernois depuis la création du canton du Jura.

En effet, après les deux tours des élections en terres bernoises, le Jura bernois n'a désormais plus de représentant au sein des Chambres fédérales. La perspective d'une telle situation avait déjà été évoquée dans le cadre des travaux de l'Assemblée interjurassienne à la fin des années 90.

Cette situation est grave, elle n'étonnera toutefois pas outre mesure les personnes qui s'intéressent à la politique jurassienne. En fait, la situation dans laquelle se trouvent les trois districts francophones du canton de Berne, est la résultante d'un long processus. Les intérêts de personnalités politiques concernées ont davantage pesé que la défense directe des institutions et des besoins légitimes des cinq pourcents de francophones du canton de Berne.

Aujourd'hui, il ne s'agit pas de cracher dans la soupe, mais d'analyser lucidement l'évolution de la perception du Jura bernois par les acteurs politiques du canton de Berne.

Tout d'abord, relevons dans cette ambiance morose, la présence actuelle d'un représentant du Jura bernois au sein du Gouvernement cantonal. En regardant de plus près l'engagement politique des derniers élus au sein de l'exécutif bernois, la priorité de ces derniers se fixait prioritairement sur leur réélection. Une fois élu, il n'est pas possible de penser que l'unique représentant romand se mettrait à dos les nonante-cinq pourcents des électeurs alémaniques pour défendre les intérêts du Jura bernois. Malgré le calcul de la moyenne géométrique entre les voix obtenues dans le Jura bernois et celles du reste du canton, l'élu du Jura bernois a des comptes à rendre à l'électorat alémanique dans son ensemble.

Les positions des élus du Jura bernois au sein du Gouvernement bernois, dans différents dossiers ces dernières années, renforcent ce constat de la primauté du calcul électoral sur l'intérêt régional.

Au cours des années passées, le Jura bernois s'est vu imposer toute une série d'institutions expérimentales à l'exemple de la Fédération des communes du Jura bernois, de la Conférence des maires, du Conseil du Jura bernois ou de l'Assemblée interjurassienne. Force est malheureusement de constater que l'on a « tiré la prise » de l'incubateur de ces nouvelles institutions, lorsque celles-ci devenaient trop exigeantes ou performantes. Une fois le temps de mise en œuvre passé et les erreurs de jeunesse corrigées, ces institutions n'ont pas pu produire les effets souhaités pour la région. Par ailleurs, la Ville de Bienne et ses élus se rappellent au bon souvenir du Jura bernois à chaque fois que celui-ci souhaite étendre son statut particulier au sein du canton de Berne. Il y a aussi les « remontées de bretelles » du Gouvernement aux quelques élus du Jura bernois qui osaient évoquer des pistes originales pour améliorer le statut politique de la région. Ce fut par exemple le cas lors de la publication d'une résolution de l'Assemblée interjurassienne demandant l'étude d'un nouveau cadre institutionnel pour le Jura bernois et le canton du Jura avec une ouverture possible vers le canton de Neuchâtel.

Parfois, les raisons politiques d'un jour ne sont plus celles du lendemain. En 2007, l'ancien conseiller d'Etat du Jura bernois, qui avait bridé l'Assemblée interjurassienne, l'apprit à ses dépens en subissant une amère défaite lors des élections fédérales d'octobre 2007. Il était cependant écrit que l'histoire ne s'arrêterait pas à mi-chemin et c'est ainsi que depuis les élections fédérales de 2011, le Jura bernois ne compte désormais plus d'élu sous la Coupole fédérale. Aujourd'hui, l'ancien maire alémanique de Bienne se tape sur le ventre et se réjouit d'être également le représentant du Jura bernois à Berne. A ce jeu-là, il est probable que dans quelques années un Biennois représentera les francophones au Conseil d'Etat et la boucle sera refermée.

Le Jura bernois sera prochainement appelé à voter sur son appartenance politique. La possibilité de rejoindre une région francophone lui sera dès lors offerte. Nul doute que l'épisode que nous venons de vivre donnera des arguments à ceux qui souhaitent le succès de cette solution.

Sans représentation politique au sein des pouvoirs de décision, la région francophone du canton de Berne n'a plus d'avenir. L'image de passerelle du canton de Berne entre Romands et Alémaniques, n'est désormais plus qu'une page destinée à nos livres d'histoire.