29/02/2016

Renvoi effectif des étrangers criminels, interview

Interview de Claude-Alain Voiblet réalisé par Daniella Gorbunova 

La sûreté et la prospérité de la Suisse, et donc y compris de Lausanne, semblent être au cœur de votre programme. Peut-on ouvertement affirmer que vous associez le danger à l’immigration ?

Je crois qu’il faut voir la chose de la manière suivante : ils ne sont pas dus à l’immigration en tant que telle, ils sont dus à une pression de l’immigration qui est très forte. Ca veut dire qu’effectivement, le fait de vouloir accueillir beaucoup de personnes sur une même société comme à Lausanne, fait que on a de la peine à intégrer les personnes. Les personnes ont de la peine à retrouver un travail lorsqu’elles arrivent ici. Donc ça fait déjà une croissance du chômage. Mais aussi, c’est des personnes qui sont fragilisées, moi je l’admets volontiers, parce que effectivement elles n’ont pas une situation économique très stable. Donc c’est des personnes qui sont plutôt poussées vers la criminalité. Mais c’est de notre faute, parce qu’on accueille beaucoup trop d’immigration par rapport à notre capacité d’accueil, par rapport à notre capacité de prise en charge, par rapport à l’intégration, pour qu’elles puissent correspondre à une démarche de qualité. C’est ça que l’on combat, c’est pas tellement l’immigration. Ca ne nous dérange pas, on n’est pas anti-étrangers, loin de là. Mais ce qu’on souhaite pour les habitants de notre cité, c’est que la qualité de vie en Suisse, à Lausanne, reste la même en accueillant des migrants et pas qu’on ait une qualité de vie qui dégringole pour l’ensemble de la société.

 

Votre initiative de mise en œuvre pour le renvoi effectif des criminels étrangers a beaucoup fait parler d’elle. On vous reproche de faire l’amalgame entre tueurs et voleurs de bières. Que répondez-vous à ça ?

Non. Simplement il faut voir la chose de manière différente, c’est à dire que l’UDC a déposé une première initiative, le parlement a fait acte de foi pour le renvoi des criminels étrangers. Ils ont tricoté un projet de loi qui a repris des éléments du projet refusé par le peuple et c’est cela qu’on n’accepte pas. Et aujourd’hui si on applique effectivement l’initiative de l’UDC on aurait le renvoi, les premières années, de 10'000 criminels étrangers et puis on aurait, selon le texte du conseil fédéral, au maximum 3'500 renvois. Pour autant que le juge n’utilise pas une close qui est mise dans le texte - et que nous nous contestons - par rapport au fait que le juge pourrait, en fonction de la situation de la personne, finalement ne pas demander que le renvoi soit exécutif. Et ceux qui disent qu’il suffit de voler une pomme pour se faire renvoyer, je pense objectivement qu’ils mentent parce que dans le projet de loi c’est mentionné que c’est pour les infractions graves au code pénal. Ce ne sont pas pour des amendes d’ordre. C’est déjà les amendes en dessus de 300 francs, donc c’est déjà relativement grave, et puis c’est des faits avec récidive mais qui sont, notamment, punis par le code pénal uniquement.

 

Et à quel moment est-ce que vous considérez une infraction de «grave» ?

Pour ma part, celui qui a commis trois fois un vol dans un domicile et que la troisième fois il est punit de la prison, j’estime que cela mérite le renvoi, cela devient une infraction grave.

Parlons un peu de vos affiches, qui font régulièrement polémique. On dit que vous utilisez la communication visuelle explicitement crue pour percuter plus facilement les masses. Pourquoi ce choix controversé ?

Parce que, tout simplement, je crois qu’on est effectivement dans une démarche de communication. Et en principe, quand vous faites de la communication, y compris en politique, vous essayez d’utiliser les meilleurs vecteurs, pour apporter de l’information aux électrices et aux électeurs. Il s’agit d’une communication qui soit la plus percutante possible. C’est impossible autrement de faire connaître votre projet politique. Et cela tous les partis essaient de le faire, pas seulement l’UDC.

Alors peut-être que l’UDC y arrive mieux que d’autres. Personnellement depuis 10 à 12 ans que je participe pratiquement à toutes les décisions concernant le choix des affiches, je ne ressens pas de difficulté par rapport à cela. Bien sûr que pour moi il y a deux choses : l’affiche c’est finalement un peu le contenant, c’est un l’enveloppe contenant le message. Et puis après il faut prendre le temps de regarder ce qu’il y a dans l’enveloppe, ce qui est proposé. Alors souvent on ne le fait pas par paresse, ou aussi du fait qu’on a de la peine à répondre par des arguments objectifs aux propositions de l’UDC. Encore une fois dans ce cas des renvois des criminels étrangers, il faut savoir qu’à peu près tous les pays du monde, à l’exception de deux ou trois, renvoient les criminels étrangers. Donc la situation issue de cette initiative n’est pas quelque chose d’extraordinaire. Et faut-il le rappeler la Suisse expulse déjà. A petite échelle, on le faisait déjà par le passé et personne n’a crié au loup par le passé. Personne n’a crié à l’interdiction de cette pratique. C’est quelque chose qui n’est pas anodin certes, mais je suis d’accord car une pratique qui est courante. Si vous subissez une lourde peine de prison aux Etats-Unis et que vous n’êtes pas américain, après vous êtes directement renvoyés, ils ne discutent pas.

Même dans les autres pays européens, si des étrangers commettent des infractions graves et exécutent des peines de prison lourdes, les personnes sont renvoyées dans leur pays lorsqu’ils ont effectué leur peine. Ca c’est des choses qui me paraissent quand même évidentes. Alors après on peut discuter du choix de l’affiche ! L’affiche du mouton noir par exemple. Je pense que dans notre société tout le monde comprend le fait qu’on cite finalement quelque chose de connu en disant voilà, c’est un mouton noir parce que il ne se conforme pas aux règles du groupe. C’est une expression très connue. Certes elle est forte, je suis d’accord, mais le message est correct quoi que l’on puisse entendre. On veut renvoyer les criminels étrangers, c’est moins de 2% de la population étrangère qui est concernée par ces délits. Ce sont ces 2% qu’on vise, pas les 98%.

Mais on le dit clairement c’est vrai, alors après bien sûr on peut dire « oui ce mouton il est noir, on a de personnes de couleur au sein de notre société donc on stigmatise une communauté, mais ce n’est pas le cas. D’ailleurs l’affiche elle a été attaquée en justice par beaucoup de monde, sans résultats donc objectivement y’a pas matière à cela. On a utilisé par exemple des autres affiches : je me souviens bien lorsqu’on avait effectivement la nouvelle loi sur les naturalisations où on avait un bac avec des passeports suisses et puis on voyait des mains de différentes couleurs chercher le passeport suisse. Cela était une autre manière d’exprimer le fait que on donnait la nationalité relativement facilement à des personnes venant de toutes les communautés sans véritablement avoir un niveau d’intégration suffisant, c’était le cœur de notre message. Alors comme message c’est fort, bien sûr. Cependant si vous n’avez pas de message, pas de projet fort, alors il ne vous faut pas faire de politique.

Jusqu’à maintenant l’UDC n’a pas dépassé la limite, ça c’est évident. Le message politique est fort, la manière de communiqué est percutante et performante.

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